déc 182012
 

Aujourd’hui, début du triptyque angkorien. Siem Reap est la porte d’entrée des temples d’Angkor, raison de notre passage ici. Nous quittons l’hôtel à 7h30. Nous avons pris un tuk tuk pour la journée, notre guide chauffeur s’appelle Safi. Premier objectif la billetterie, à quelques km, où nous attend Guza. Il est là mais complètement dépité! Nouvelle désillusion, il a demandé une réduction sur le billet d’entrée qui lui a à nouveau été refusée. Après une demi-heure de palabres, on lui a tout simplement dit: « Si cela ne te va pas, va en parler au gouvernement à Phnom Penh ou retourne dans ton pays »!?!?!? Désillusion et désarrois devant tant de mépris! Qu’est ce qu’une réduction par rapport aux centaines de tickets vendus ici chaque jour??? Frustré, il fait demi tour, pas de temples pour lui! Plutôt ne rien leur donner que de payer une entrée complète. Nous sommes désolés et si tristes pour lui. Plus tard nous découvrirons qu’il n’aurait du se contenter que d’une vue extérieure des temples, ce qui méritait amplement une réduction. Alors que ce pays compte tant de mutilés de guerre, il est illusoire d´envisager quelqu’avantage pour les handicapés étrangers: très décevant…Nous avons choisi de consacrer 3 jours à la visite des sites d’Angkor. Il faut savoir que l’ensemble des principaux édifices couvre une superficie de plus ou moins 60 km²! Soit la superficie de la ville de Liège… Une bonne cinquantaine de sites sont ouverts au public. La période d’Angkor, époque de la construction des temples et de l’accession de l’empire khmer au rang des grandes puissances du Sud Est Asiatique, s’étend de 802 à 1432.  La civilisation khmère était alors à son apogée.  Elle dût son essor avant tout à la maîtrise de l’irrigation. Des phases de déclin et de renaissance ainsi que des guerres contre les puissances rivales du Vietnam, du Siam (Thaïlande) et de la Birmanie jalonnent ces 6 siècles. Les dieux-rois de jadis ont chacun tenté de surpasser leurs prédécesseurs par l’édification de sanctuaires de taille, d’envergure et de symétrie inégalée. La majorité des temples sont construits selon le principe architectural du temple montagne, symbolisant le mont Meru, montagne mythique considérée comme l’axe du monde et la demeure des dieux dans la tradition hindoue.

Nous avons commencé notre visite par la ville fortifiée d’Angkor Thom. Entourée d’un rempart de 8m de haut et de 12km de long, lui même ceinturé d’une douve de 100m« > de largeur, ce site fut construit par le plus grand des souverains d´Angkor: Jayavarman VII. Après avoir franchi un pont et une porte magistrale, nous nous dirigeons vers l’un des temples les plus célèbres et certainement le plus bizarre, le Bayon. La structure forme un ensemble de couloirs voûtés, d’escaliers escarpés et compte 54 tours ornées de 216 visages monumentaux d´Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion. La ressemblance du bodhisattva avec le grand souverain est frappante. Ces nombreux visages, à la fois sévères et compatissants, veillent depuis tous les angles de l’édifice; ils symbolisent la puissance, la sévérité et la bienveillance, qualités essentielles pour bien gouverner. Nous admirons tous ces visages de pierre, bien plus jolis que ceux des nombreux touristes avec qui nous sommes forcés de partager la visite…« >

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« >Nous quittons ce splendide édifice pour continuer la visite de la ville et le Baphuon. Il faut emprunter une allée surélevée de 200m pour atteindre le temple. Son ascension est interdite aux enfants de moins de 12ans (qui ne payent pas le billet d’entrée au site). Nous abandonnons donc notre Lilounette sous un parasol et sous la surveillance du gardien. Il fait déjà très chaud à 9h30 et l’ascension des escaliers très raides ne se fait pas sans peine… En descendant, nous admirons sur la face arrière le mur de soutènement du deuxième niveau faconné en forme d’un bouddha couché de 60m de long. Pour la restauration de ce temple, comme pour la plupart, c’est la technique de l’anastylose qui  a été employée. C’est à dire que le monument est complètement demonté, morceaux par morceaux, puis ensuite remonté après restauration des pièces ou remplacement des plus abîmées avec des matériaux de même origine. Seulement, une fois tout par terre, la guerre civile éclata et tous les plans disparurent sous le régime khmère rouge. Vingt cinq ans plus tard, la reconstruction repris et les spécialistes se retrouvèrent devant le plus grand puzzle du monde avec 300000 pièces à remettre en ordre…« >« >

Nous enchaînons avec le Phimeanakas, le palais royal dont il ne reste presque rien; la terrasse des éléphants, de 350m de long, qui servait de tribune pour les cérémonies publiques et enfin la terrasse du roi lépreux. Ce dernier édifice de 7m de haut porte sur ses faces 5 niveaux de sculptures en bas relief. La plupart sont des Apsaras: nymphes ou danseuses célestes. Benoît est sous le charme de ces jolies créatures de pierre aux courbes élégantes et se prend à rêver à travers l’objectif une d’entre elles prendre chair et lui offrir une danse envoûtante… Cli clac, clic clac,… rien à faire, elles restent « de marbre »! « >Parmi les nombreux motifs, symboles et personnages qui ornent les murs et les temples, nous reconnaissons aussi Garuda, la créature mi-homme mi-oiseau monture du dieu Vishnou; la fleur de lotus; les Rishi, sage hindou barbu; le linga, symbole phallique de fertilité et le yoni son penchant féminin; le nâga, serpent à plusieurs têtes…

Nous quittons l’enceinte d’Angkor Thom pour nous rendre au Preah Khan. La chaleur est accablante et nous profitons pleinement des déplacements en tuk tuk pour nous aérer. Le Preah Khan figure parmi les plus grands ensembles d’Angkor. Il fut également construit par Jayavarman VII et lui servi sans doute de résidence pendant la construction d’Angkor Thom avant de devenir un lieu de culte et d’enseignement. Le sanctuaire central se compose de nombreuses tours couronnées et de couloirs voûtés étroits. Les architectes ne connaissaient pas encore la voûte romaine fermée et rigidifiée par sa clé. Ici, les voûtes sont composées d’une superposition de blocs décalés vers l’intérieur. Cela augmente considérablement le poids de la voussure et limite par conséquent la portée des murs de soutènement et des linteaux de porte. Ce temple est dédié à 515 divinités et requérait des milliers de serviteurs pour son entretien. Il accueillait chaque année pas moins de 18 fêtes majeures.

Après cette visite, nous dînons. Il fait tellement chaud que nous devons nous forcer à manger. Nous avons déjà englouti quelques litres d’eau fraîche sur la matinée…

« >Sur les conseils de Guillaume, le patron de l’hôtel, nous nous rendons au Ta Nei pour terminer notre première journée de visite. Nous quittons la route pour nous enfoncer dans la jungle par un chemin sablonneux et chaotique. Cela en valait la peine, nous atteignons un petit temple isolé, à l’écart des circuits touristiques. Et en plus nous l’avons rien que pour nous, les deux seuls visiteurs cyclistes quittent lorsque nous arrivons. Ça c’est vraiment un luxe inespéré à Angkor et nous en profitons. Les enfants s’amusent à grimper sur les blocs écroulés jusqu’au sommet de la tour d’entrée, plaine de jeux historique et inédite! C’est sans doute ce type de décor qui a inspiré Rudyard Kipling. D’ailleurs, attirés par cette animation, la tribu des Banderlogs se mêlent à la fête. Arrivent ensuite Mowgli, Baloo et Baghera. Nous passons un bon moment en famille avec nos amis du Livre de la Jungle!!! Ne serions-nous pas encore une fois victimes de quelques hallucinations??? Quand je vous dis qu’il fait chaud…

 

Nous décidons d’en rester là pour aujourd’hui. Sur le chemin du retour arrêt au bassin artificiel Sra Srang, réservé aux ablutions du roi et de ses épouses. Juste une baignoire de 800m sur 400! Benoît y aurait bien piqué une petite tête… Heureusement, une demi heure plus tard, la piscine de l’hôtel s’offre à nous. Haaa qu’est ce qu’on a bien fait de venir ici!!!

Catastrophe! On frappe à la porte de la chambre, une jeune fille inconnue est là! « -Are you Benoît? -Yes! -You’re friend had an accident… » Guza s’est fait renverser par un tuk tuk, il nous appelle à l’aide… Merde… Sophie et Benoît sautent dans un tuk tuk en catastrophe, laissant les enfants aux bons soins du personnel de l’hôtel. Ils trouvent Guza assis au bord d’une route à la sortie de la ville. Ouf il ne semble pas blessé. Mais une roue de sa chaise est démolie. Un chauffeur de tuk tuk complètement ivre l’a fauché sur le bas côté alors qu’il prenait une photo. Il n’a rien vu venir et a été projeté à plusieurs mètres. Il s’est réceptionné sur la nuque qui lui fait un peu mal. Mais rien d’autre. Le chauffard s’est arrêté et Guza lui a demandé de l’aide pour le sortir de cette fâcheuse position. Mais voyant qu’il n’y avait pas mort d’homme, il a tout simplement poursuivi son chemin!?!?!?! Guza a essayé d’arrêter plusieurs passants qui n’ont pas daigné s’arrêter! Finalement quelques enfants et voisins sont arrivés. La police n’a pas estimé nécessaire de se déplacer non plus. De toute façon, les policiers sont complètement corrompus et rien ne se règle sans allonger les dollars. Finalement, Guza a demandé à cette jeune fille de venir nous prévenir. Nous décidons d´essayer de trouver un réparateur de vélo pour la roue. Sans sa chaise, Guza ne peut absolument rien faire. Il fait maintenant nuit et personne ne veut s’en occuper aujourd’hui. Retour à notre hôtel. Guza va essayer de réparer en remplaçant les rayons cassés par quelques uns de l’autre roue, intacte. Nous sommes rassuré de le voir ainsi, nous avons eu si peur… Et lui aussi: »Premier réflexe faire bouger mes mains pour m’assurer que je ne suis pas paralysé jusqu’au cou,… merci mon Dieu, elles bougent… » La réparation de fortune fonctionne et Guza peut rejoindre sa chaise. Nous terminons cette soirée riche en émotions au restaurant de l’hôtel, pas question de repartir ce soir. Après le repas Guza décidera finalement de rejoindre son hôtel seul. Demain il cherchera un réparateur pour remette ses roues en état…

Journée chargée…

NB: Un de nos fidèles lecteurs s’est permis de critiquer la longueur des derniers articles! Quel culot!!! Esperons que ce long article er les photos qui suivent lui suffiront à combler une de ses longues soirées d’hiver pleine de froidure et de solitude (?!?!)…

 Publié par à 16 h 25 min

  5 commentaires à “17-12 Angkor”

  1. Les aventures de Tintin, c’est de la rigolade à côté de tout ce que vous nous faites découvrir !

    Superbe leçon d’histoire sur cette civilisation que je ne connaissais pas du tout. Même pas long à lire ….. Comment faites-vous pour nous raconter dans le détail toute l’histoire des lieux que vous visitez ? Résumé de ce que les guides vous racontent, extraits de documentations touristiques …????
    Je sens que pour 2014, il y aura un nouveau guide du routard pour « Un tour du monde à la Kempe ».
    On ne se rend pas compte que vous vivez sous une chaleur étouffante, c’est assez bizarre comme impression pour nous qui entrons dans l’hiver et la nuit à 16h30.
    Lundi j’ai surveillé les 1 G pour l’examen de sciences. Je demande si tous les élèves sont présents : ok et je lance l’examen. En passant mon temps, je me rends compte que le nombre d’élèves indiqué sur l’enveloppe des questionnaires ne correspond pas au nombre présent ! Je demande dicrétement au premier devant moi pourquoi cette différence « Monsieur Jurdan s’est trompé ? » Non M’sieur c’est Sacha qui devrait être là, vous savez celui qui fait le tour du monde !!! » J’ai donc surveillé la classe de Sacha, alors qu’il se dorait ou plutôt cuisait au soleil de l’autre côté de la planète. Moi qui trouve toujours long ces surveillances sans rien faire, je me suis plongé dans les souvenirs de vos réçits et je n’ai pas vu venir la fin de l’examen, perdu dans mes rêveries. C’est une bonne classe apparemment, bien disciplinée, cool, pas stressé pour l’examen. Dois-je faire parvenir le questionnaire de sciences?
    Voilà une petite anecdote pour vous ramener un moment à la réalité de la Belgique.

    Bises à tous et j’ai une pensée toute spéciale pour Guza.Même quand on accepte son handicap, il y a toujours qque chose qui vient vous rappeler que vous êtes différent et qu’un rien peut vous faire basculer définitivement. Quelle force de caractère il a devant tant d’injustices. S’il vient un jour en Belgique, j’espère que tu me le présenteras.

    Jean Luc

  2. Bien dommage, la réaction des autorités face à Guza.
    Vous voici partis pour quelques jours de visites intéressantes… on se réjouit! Par contre, je n’arrive pas à voir vos photos, le lien ne fonctionne pas.Snif.
    Que de belles aventures : des récits comme ça, on en veut angkor (sur ce,bon, j’vais m’ cacher!)
    Bye les amis.

  3. Toujours aussi pationnant de vous lire.
    Vous contribuez énormément à l’amélioration de notre culture générale …
    Si vous avez vraiment trop chaud, vous pouvez toujours nous envoyer un peu de chaleur … mais gardez bien la pluie pour vous, on en a en suffisance …

  4. :-) ))))))

    Salut les Kempe!
    Quelle assiduité Ben! Faute de partager un café avec vous, je me plonge dans vos aventures, certain d’y trouver à nouveau votre esprit de partage!
    Avez-vous déjà pensé prolonger votre récit après votre retour? :-) )
    Quel bonheur de vous lire et de partager un peu de votre aventure, de votre bonheur!
    Je vous embrasse milles fois et vous envoie un sac à dos plein de merci!

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