mai 022013
 

Allez les Kempe, il est temps de bouger!!! Et oui, nous avons encore du chemin à parcourir… Ce matin c’est un nouveau bus que nous devons prendre pour une traversée complète du pays d’est en ouest, 24h de voyage pour rejoindre Salta, quitter la forêt tropicale pour retrouver les pentes de la Cordillère… Lever, petit déj et faire les sacs; ça roule on pourrait les remplir les yeux fermés. Le matériel de voyage est prêt dans son sac: chacun son ou ses livres, IPad et PC chargés, gilets cousins bouchons d’oreilles préparés… prêts pour 24h de bus.
Sophie chèque les retraits bancaires, tiens! l’hôtel n’a pas prélevé le montant des trois premières nuits réservées comme prévu sur le document reçu en retour de la réservation booking.com!?!? Pas grave, nous payerons la totalité avec la carte de crédit. Au check out, l’employé de l’hôtel nous explique alors que ce n’est pas possible, il n’accepte pas le payement par carte de + de 300 pesos (50€)! Ok mais le problème c’est que nous n’avons évidement pas les 1500 pesos en cash! Il nous montre la page internet des conditions générales où il est en effet précisé que l’on doit payer en cash. Nous lui présentons notre document de réservation reçu de booking.com où il est bien précisé que le montant sera prélevé directement sur notre carte de crédit lors de la réservation, comme cela a d’ailleurs été le cas à de nombreuses reprises dans de nombreux autres hôtels et sans le moindre problème… Rien à faire, il ne veut rien entendre et veut absolument du cash! Il est 9h30, notre bus démarre à 10h et nous devons encore nous rendre à pied au terminal, le temps presse et nous n’avons clairement pas le temps d’aller jusqu’à un distributeur pour retirer du cash… Le ton monte, nous demandons à parler au patron… Pas question nous répond l’employé qui manifestement restera sur sa position. Nous le menaçons de partir sans payer… Il décroche son téléphone et nous menace de téléphoner à la police! Comment allons-nous nous tirer de cette affaire?! Sophie abandonne avant de vraiment s’énerver… Benoît réexplique les données et notre bonne foi à l’employé et demande une dernière fois de payer avec la carte, l’appareil est juste là au coin du bureau! À nouveau non non et non et il tourne les talons! Ok, nous partons, que faire de plus devant un mur d’incompréhension…

Nous arrivons au terminal de bus dans un état d’énervement assez avancé! Les enfants ont bien compris qu’il se passait quelque chose d’anormal et ont peur que la police ne vienne nous chercher pour nous jeter en prison comme des voleurs. Nous leur expliquons que nous sommes dans notre droit, que nous voulions payer mais que l’employé ne voulait pas. Nous nous arrangerons avec booking.com dès notre arrivée à Salta et ferons un versement par internet à l’hôtel. Juste le temps de poser nos sacs et notre autobus arrive. Allez, vite s’installer et penser à autre chose…

Alors que Benoît amène les sacs pour les charger dans la soute, l’employé de l’hôtel débarque sur le quai accompagné de 4 policiers!!!! Il est hors de question que nous montions dans ce bus nous fait comprendre le chef des policiers, nous sommes partis sans payer l’hôtel. Aucun des policiers ne parle ni anglais ni français évidement… Benoît tente d’expliquer la situation mais rien à faire, il faut payer. Le bus part dans 10minutes… Nous sommes priés de reprendre nos bagages et de remonter au bureau de l’agence des autobus où l’on va nous donner d’autres billets! Cela semble clair, nous ne quitterons pas Puerto Iguazu de si tôt…
Je vous passe la demi heure de palabres entre l’employé de l’hôtel, les policiers, l’employée de l’agence qui essaye de nous trouver des places dans un autre bus, la patrone de l’agence qui nous prend pour des malhonnêtes… Le bus est parti et le policier tient « en otage » nos billets pour le même bus mais demain. Nous avons donc 24h pour trouver une solution à ce problème. Nous pourrions très simplement nous rendre à un distributeur, y retirer la somme et en rester là. Cela dit, nous ne voulons pas céder au chantage, sûrs de notre droit et de notre bonne foi. Les gens de cet hôtel, le Noelia, ne se sont pas montrés très aimables et commerciaux avec nous pendant notre séjour: un minimum de renseignements et de réponses données à nos questions, une chambre qui puait l’humidité, un petit déjeuner limite avec des fruits périmés et du lait tourné, vraiment trop cher pour le service. Nous demandons d’être amenés au commissariat, un traducteur français anglais espagnol et une solution pour être logés jusque demain. Ha ils veulent nous emm….der et bien on ne va pas se laisser faire!!! Nous embarquons donc dans le pick-up des policiers avec nos bagages, en route pour le poste, comme des bandits mais heureusement sans les menottes…

Étonnamment, les policiers nous ramènent à l’hôtel Noelia!?!? Ils descendent les bagages et nous prient d’aller jusqu’à la réception?! Benoît ordonne à Sophie et aux enfants de rester dans le pick-up, remet les sacs à l’arrière, et gagne la réception avec l’employé et deux policiers. La tête des clients qui nous ont vu partir ce matin en faisant scandale et qui nous voient revenir avec la police!!!!!! C’est alors que l’employé présente le lecteur de carte à Benoît. Ha bon, finalement on accepte que nous payons par carte, cela devient d’un ridicule! Pendant ce temps Sophie ne s’est pas privée d’expliquer la situation aux autres clients ainsi qu’à deux français qui arrivaient…
En route pour le commissariat alors. Mais donc en réalité, ces policiers comptaient bien nous déposer devant l’hôtel avec nos bagages, attendre que nous ayons payé puis nous laisser là après nous avoir fait raté notre bus! Et ils croyaient peut-être aussi qu’on allait demander une nuit supplémentaire à l’hôtel Noelia????? Nous voici au commissariat… enfin, l’espèce de maison pourrie qui sert de bureau de police à côté du beau bâtiment de la police! Le policier nous explique d’emblée qu’il n’a que les cachots à nous proposer pour nous héberger! Pas de problème, ça ira, pour nous une seule chose compte désormais, attendre le bus de demain dans les meilleures conditions possibles et sans débourser un pesos de plus dans cette ville de malhonnêtes!
Une équipe de télévision sort des bureaux et nous voit installés sur un banc de bois minable dans la cour du commissariat, avec nos sacs, au milieu des motos saisies, des femmes battues et des jeunes délinquants… Que font donc là ces touristes? Notre cas intéresse les journalistes et voilà que Benoît est interviewé pour Télé Iguazu!!! Pas facile de raconter toute notre histoire en espagnol mais il ne manque pas de citer plusieurs fois le nom de l’hôtel, histoire de leur faire un peu de pub!!! Sur ces entrefaits une traductrice arrive. Nous répétons encore une fois notre histoire, preuves de réservation et de payement à l’appui. La « >dame fait la navette entre nous et « le chef » (que nous ne verrons jamais…)?! Puis revient en nous annonçant que c’est arrangé pour la police et que quelqu’un du bureau général du tourisme va venir s’occuper de nous pour nous loger jusque demain. Et elle ajoute en se sauvant: « Remember the good things from Iguazu… » (Souvenez-vous des bonnes choses d’Iguazu…)… Ha oui, merci Madame… Il est 11h…. Nous attendons dans cette cour pourrie, aussi pourrie que la maison qui l’entoure, aussi pourrie que les policiers qu’elle héberge… A 14h30 rien n’a bougé, personne n’est arrivé et tout le monde fait la sieste… On s’est bien foutu de nous!!! Benoît se rend dans le grand bâtiment de la police, juste à côté. Il s’assied devant le préposé et recommence toute son explication en espagnol, « Combien de temps allons-nous devoir encore attendre Monsieur l’agent, mes enfants pleurent, ils ont soifs et faim, ils ont peur, mon épouse est à bout (là il en rajoute un peu beaucoup Papa…)… Quand« > va-t-on s’occuper de nous, Monsieur l’agent…? » Ha! Une lueur de compréhension dans le regard de l’agent qui semble réellement étonné de l’absurdité de notre situation! Il prend son téléphone et essaye de contacter le fameux bureau général du tourisme… Fermé pour cause de sieste! Un autre bureau… Sieste aussi! Finalement il arrive à contacter une employée à l’office du tourisme de Puerto Iguazu où tout le monde n’est pas encore endormi!!! C’est à deux pas, la dame nous attend. Ouf, une lueur d’espoir. Et il faut à nouveau que Benoît lui explique toute l’histoire à la gentille dame qui parle un peu anglais. Elle ne comprend pas très bien et répond que personne ne peut lui répondre à l’hôtel Noelia avant 17h. Non madame, nous ne voulons pas retourner à l’hôtel Noelia, nous voulons que vous nous trouviez une solution pour cette nuit et nous ne comptons pas payer un pesos! La dame finit par comprendre notre situation et notre demande mais n’a aucune solution à proposer, personne ne prendra en charge notre nuit d’hôtel. « Avez-vous une grande maison? » lui demande Benoît, histoire de garder le sourire!!! Notre compte est bon, soit nous restons dans cette cour pourrie jusqu’à ce qu’on nous en chasse à l’heure de fermeture du commissariat (juste après la sieste…) et advienne que pourra, soit nous cherchons hélas un autre hôtel à nos frais pour passer une nuit correcte… Papa regagne la famille, allez on lève le siège du commissariat, on rend les armes et on cherche un hôtel. Oui ils nous ont bien eu… La dernière chose qui compte maintenant c’est de quitter cette ville demain et une fois à Salta, de quitter ce pays au plus vite. L’Argentine on a assez donné, « Adios y muchas gracias por todo » lance Benoît au planton de garde, à moitié endormi et affalé sur son bureau; et de rajouter quelques bons gros mots en français qui font tant de bien à sortir et que le poulet accepte en souriant bêtement… Retour à l’office du tourisme avec tout le bardas et la gentille dame nous trouve un hôtel. On vient nous chercher en voiture, nous nous mettons bien d’accord sur le prix et le moyen de payement… nous pouvons maintenant attendre décemment jusque demain…

Cela fait du bien d’écrire cette journée! Écrire relativise les choses. Mais à bien y réfléchir encore, nous avons bien fait de ne pas nous laisser faire, même si au final ils nous ont roulé dans la farine, nous voici quand même obligé de payer une nuit supplémentaire ici. Nous n’avions pas grand chose à perdre à part 24h d’attente et j’ai le sentiment que notre « honneur » est sauf. Les enfants ont eu un peu peur mais nous leurs avons bien expliqué que dans la vie il ne faut pas toujours se laisser faire et que parfois il faut savoir se faire entendre et se faire respecter. Sans eux je crois que je serai resté dans cette cour pourrie jusqu’au bout, mais le bien être de la famille passe avant tout. Nous avons réussi à garder notre sang froid, à ne pas tomber dans l’un ou l’autre excès. Sophie a été magnifique de détermination et les enfants courageux. Et moi j’ai réussi relativiser et même à mettre un peu d’humour dans la situation. Il y a toujours quelque chose de positif même dans les pires situations. Nous n’en resterons pas là, nous comptons bien envoyer un mail à booking.com car il y a manifestement un problème entre les conditions booking et les conditions de cet hôtel minable. Nous nous ferons aussi un plaisir à leur faire une bonne pub sur le net! La moralité de cette histoire c’est que dans un pays où la situation économique est pourrie au point que la monnaie locale n’intéresse personne, que les banques se sucrent sur les transactions des commerçants locaux au point qu’ils augmentent les prix de 25% si payement par carte, où la police est corrompue jusqu’à l’os et où le touriste est vu comme un portefeuille ambulant à presser jusque la dernière goute; il vaut mieux ne pas rencontrer le moindre problème sous peine de voir s’entrouvrir le rideau d’eau de la jolie cascade et de voir apparaître et subir les vilaines choses qui se cachent derrière…

Cette mésaventure rejoindra bien vite les souvenirs de notre grand voyage et nous en rirons sans doute plus tard, les galères font aussi partie de l’aventure. Mais c’est dommage pour un si beau pays. Nous en avons vraiment assez de l’Argentine, de ses prix exagérés, de ses augmentations imprévues, de ses faces cachées, de ces conditions générales en bas de page, de ses voitures pourries, de ses hôtel miteux et de sa corruption. Pour la première fois depuis notre départ nous avons trouvé réponse à la question: « Quel est le pays que vous avez le moins aimé? »
… Dommage …

 Publié par à 16 h 43 min

  9 commentaires à “30-4 La déplorable chute des Chutes d’Iguazu…”

  1. Bonjour à toute la famille! On espère que vous êtes remis de vos émotions!! Quelle histoire! En tous les cas, Bravo, vous avez tenu le coup!!! Finalement, nous partons pour Iguazu demain soir (s’il n’y a pas de grève!). Tout le monde nous a tellement dit que c’était beau qu’on n’a eu peur de regretter… On envisageait aller au Noelia, mais du coup on va s’abstenir… Bonne suite… A très bientôt!!

  2. Quelle histoire ! et quel stress je suppose. Il fallait avoir les nerfs d’acier pour ne pas craquer. Comme quoi, le voyage peut basculer rapidement dans le cauchemar … A côté des magnifiques paysages et découvertes de l’Argentine, il faut bien dire que votre aventure ne laisse pas indifférent : la corruption, l’arnaque règnent en maître dans les pays fragiles politiquement. Je vous félicite pour votre sang froid et votre tenacité. La Cordillères des Andes va encore vous émerveiller, c’est certain et le calme (relatif) de votre voyage va revenir. Bon voyage et adieu pour (toujours) à l’Argentine. On pense très fort à vous.

    Bises à tous

  3. Ca c’est de l’aventure !! Vous vous en souviendrez ! Quelle malhonnêteté… Vous avez bien fait de ne pas vous laisser faire ! Mais ils ne devaient quand-même pas s’attendre à autant de résistance…
    Allez, plus que quelques jours en Argentine… On vous souhaite de terminer ce pays sur une touche bien plus agréable !
    Nous on vient d’arriver à Iguazu, côté brésilien…
    Gros bisous.

  4. Courage les gars! Ils mériteraient qu’on les jette dans les chutes ces abrutis!
    1 jour pourri sur un voyage aussi fabuleux, c’est rien du tout. Le meilleur est devant…
    Je vois d’ici la tête de So, enragée, le teint brouillé, avec des plaques rouges dans le cou et l’adrénaline à 345 %!!! T’as raison, te laisse pas faire!!!
    Biz et coredge…

  5. Et ben, quelle aventure les gars !!!
    Vous me connaissez, à votre place je n’aurait pas sû rester aussi calme :-) Chapeau mon frère.
    J’espère que ce sera votre seule et dernère mésaventure.

    Gros bisous à tous + un spécial pour ma filleule

    FA

  6. Comment doit-on vous appeler maintenant?
    Resquilleurs? Griveleurs?…
    Si on regarde bien les photos des 2 plus jeunes membres de la bande, photographiés de face et de profil, on se rend compte directement qu’ils n’ont pas une très bonne tête…
    C’est probablement de ces deux-là qu’il faut le plus se méfier!!!
    Et en racontant cela plus tard, Sacha, le chef présumé de la bande, pourra conclure son récit en disant: Veni, vidi, vici ! (test de latin pour lui)
    Allez, en voilà une d’aventure!
    Heureux qu’elle se soit finalement terminée sans plus de dégâts.
    Bisous,
    Papy et Mamy

  7. Salut,

    Que d’aventures,… super Benoit les touristes ne sont pas des chiens. Vous avez super bien réagi. Vous etes prévenu en Amérique du Sud les paysages sont splendides mais les gens manquent parfois de sympathie

    Bisous

    Yannick

  8. Wauwww quelle histoire…
    Entre Jakarta, Singapour, Bali, Manchester, Liverpool, Bruxelles… et la vie de famille, je n’avais plus trouvé le temps de vous lire…
    Je prend un article au hasard… Et waaaaouwwwww quel rebondissement…
    J’ai cru un moment que cette aventure allait finir en « midnight express »
    Oufff tout est bien qui fini bien…
    En tout cas, on pourra dire qu’ils sont « têtus » ces kempe … ;-) lol

    Je vous embrasse bien fort
    Tante Didine

  9. Hello les amis, je viens seulement de lire votre récit des aventures à Iguazu. Vous avez tenu bon, bravo !
    Nous comprenons que vous étiez pressés de quitter l’Argentine dans ces conditions. Pour rendre justice à ce pays, durant notre voyage nous n’avons pas vécu de genre de situation penadnt notre séjour d’un mois en Argentine et nous avons trouvé les Argentins plutôts sympas. Le pays est magnifique et même s’il n’a pas été notre coup de coeur, il ne faut pas que ceci décourage les amateurs, visiter l’Argentine en vaut vraiment la peine ! Nous, notre pays le moins aimé, c’était le Vietnam, précisément parce que nous y avons vécu ce même genre de situation que vous cette fois-ci (arnaque à fond, situation limite, chantage et incursion policière…). Une leçon à tirer de tout ça; Que les mésaventures touristico-policières permettent d’avoir des histoires à raconter pour vos vieux jours (oui oui vous en rirez un jour), et ne vous empêchent pas de profiter de toutes les autres (bonnes) choses qu’un pays peut offrir…Profitez en bien, Besos Laurence (de Lausteloutho)

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